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Maintenant,
le plus intéressant : que pensent les dirigeants de la charte ?
Nous voulons dire par là : pour eux, est-ce une bonne chose ou non et,
dans quelle mesure l'ont-ils voulue ?
Comme nous
n'avons pas voulu faire oeuvre de journaliste, nous n'avons pas interrogé
les représentants officiels des différentes partenaires : ni du côté du
LEEM (labos) ni du côté des autorités (CEPS), ni les représentants des
grands syndicats de médecins…
Nous avons pris le parti d'observer ce qui se passe au niveau le plus
concret : celui du terrain, en interrogeant les patrons, les cadres, les
visiteurs médicaux, les médecins, individuellement et nous avons supprimé
des citations toutes les manifestations de la langue de bois, caractéristiques
des groupes constitués. Si l'on se fie aux textes officiels des représentants
des labos, ils sont contents. Cette charte était souhaitée par les labos
eux-mêmes et ils nous la présentent comme une victoire. Cela nous rappelle
certains soirs d'élection où le parti venant d'obtenir 2% de voix vient
crier victoire à la télé.
Pour les
patrons, pris individuellement, il en est autrement. De façon très majoritaire,
ils trouvent dommage qu'elle ait été imposée (tiens, tiens !), mais d'une
façon également aussi majoritaire ils pensent que le contenu est juste
et qu'il serait bien de l'appliquer.
" Je ne comprends pas l'attitude du LEEM par rapport à la charte. Soit
le LEEM nous avons des gens qui sont très intelligents à la tête et pour
stopper l'escalade de la violence et la course à l'armement, ils se sont
dit : " Avec le gouvernement on va faire une charte de la visite médicale,
pour limiter le nombre de contacts et on va diminuer nos forces de vente
et on aura les mêmes rapports de force relatifs (car 2 réseaux contre
1 c'est comme 10 réseaux contre 5 !) ". S'ils sont très intelligents ils
se disent : on va désarmer les grandes puissances, on va diminuer le nombre
de réseaux et repartir sur des bases qui sont beaucoup plus simples qui,
de plus, ne nuiront pas à notre image parmi nos prescripteurs. Malheureusement
, je pense qu'ils sont intelligents et je crois que c'est le gouvernement
qui leur impose cette charte. "
On peut toutefois
légitimement se poser une question : vu le nombre de patrons et de cadres
évoquant les nombreux laboratoires qui ne respectent pas la charte tout
en affirmant qu'eux la respectent… Bref, l'idée qui domine est la suivante
: la charte, dommage, mais :
" C'est une excellente opportunité pour changer la visite médicale
".
Opinions
générales
Avant tout,
comme nous le fait remarquer un dirigeant, il faut relativiser l'importance
de la charte, même dans ses applications concrètes en France car :
" La charte c'est un truc franco-français, et les laboratoires de taille
mondiale n'en ont rien à faire. "
Globalement, on peut dire que la charte a été bien acceptée dans les laboratoires
pharmaceutiques, au niveau des dirigeants. Certains n'hésitent même pas
à en réclamer des boutures encore plus sévères :
" L'on n'a à peu près que ce qu'on mérite "
Un exemple
nous est donné par un PDG :
" J'ai l'exemple d'un laboratoire récemment il y a trois mois. Un directeur
des ventes dit à ses délégués : vous passez chez le médecin, on fait cinq
enquêtes mais ce n'est même pas la peine de ramasser les résultats de
l'enquête. Quand vous êtes directeur des ventes et que vous écrivez ça
à votre délégué médical, vous êtes un malhonnête et un con. Non seulement
vous tuez votre propre médecine vous ne respectez pas vous même votre
propre médecine, c'est comme de jeter de la nourriture. Nous on nous a
appris à ne pas jeter la nourriture. A ce niveau pour moi c'est complètement
fou "
"Cette
charte de la visite médicale, ce n'est pas le bon sens, mais ça met en
place un système que les laboratoires français auraient du mettre en place
depuis belle lurette, si les laboratoires avaient compris qu'ils étaient
sur un système totalement suicidaire "
En fait, nous retrouvons ici encore notre dualisme bien connu du Contenu
et de la Relation : au niveau du contenu, la charte est bien acceptée,
mais la façon dont elle a été imposée aux labos est restée en travers
de la gorge de maints dirigeants.
Une citation résume bien cette ambivalence :
" Autant je n'apprécie pas la contrainte formelle, autant je ne peux
qu'applaudir à l'intention qu'elle sous-tend, dès lors qu'il ne s'agit
pas de faire des visiteurs médicaux des fonctionnaires de l'administration,
ça c'est insupportable "
Nous avons
donc, d'un côté une approbation assez générale du contenu de la charte,
une désapprobation presque aussi générale de la façon dont elle a été
imposée, et une version d'échappement consistant à dire qu'elle n'apporte
rien de nouveau et qu'elle n'est qu'une redite des règles déjà connues
et respectées. Voyons cela dans le détail. Rien de nouveau Pour beaucoup,
et non sans raisons, la charte n'apporte rien de nouveau qui ne soit déjà
écrit dans les règles de bonne conduite de l'industrie. La seule différence,
comme nous le fait remarquer un dirigeant est que, maintenant, il va falloir
respecter les règles.
" Quand on regarde de près la charte, il n'y a quasiment rien de nouveau
" " Ce qu'on a mis dans la charte c'est le rappel des lois qui existaient
déjà. Le minimum quand même c'est le bon usage, c'est proposer le produit
dans les indications qui lui vont réellement "
" La charte c'est réaffirmer haut et fort ce qui est inscrit dans le
code de la santé publique et de la sécurité sociale depuis quelques années
"
La charte décrit ce que nous faisions déjà, disent les uns :
" En tant que dirigeant d'un laboratoire la charte pour moi ne me touche
pas parce que ça fait longtemps qu'on a mis en pratique un certain nombre
de choses "
" Je ne vois pas en quoi cette charte nous gêne au contraire, elle ne
fait que régulariser des pratiques qu'on avait déjà, je pense que pour
beaucoup de gros laboratoires ce sera le cas "
Ou plutôt ce que nous nous étions censés faire déjà pour les autres :
" Mais elle ne fait qu'officialiser les bonnes pratiques qui devraient
être les nôtres depuis des années " La charte va dans le sens de la qualité
" Ca va dans le bon sens et c'est la raison pour laquelle je vous disais
tout à l'heure qu'il nous est très difficile publiquement de râler contre
la charte, même s'il y a des labos qui ont du râler, mais on ne peut pas
dire qu'un truc qui encadre la qualité de l'information médicale ne va
pas dans le bon sens. "
" En gros ce que peut dire le visiteur médical se restreint de jour en
jour, ça amènera à une visite médicale techniquement de meilleure qualité
" .
" On ne peut que s'en féliciter. Quand on parle de qualité… "
La charte parle de qualité, comme on l'a vu ; personne ne peut aller contre
l'idée d'aller vers plus de qualité. Mais pourquoi encore s'acharner sur
la visite médicale, déjà bien taxée dit un autre :
" Il y a quelque chose qui m'ennuie dans cette charte. Elle va dans
le bon sens, personne ne peut aller à l'encontre. Mais elle s'adresse
à une catégorie de personnes, les VM, qui, pris sous un autre angle, sont
déjà taxés dans la Taxe Promotionnelle "
Elle a été imposée
L'aspect
inégalitaire de la relation entre les pouvoirs publics et les laboratoires
n'a semble-t-il échappé à personne, même si les signataires continuent
à faire semblant d'avoir, ensemble, décidé des termes de cet accord.
Un dirigeant a même mis en doute la participation active des laboratoires
dans l'écriture du texte :
" La charte était écrite d'avance ", dit-il, une fois le magnéto
coupé.
Les patrons
auraient préféré une autorégulation, tout en reconnaissant celle-ci plus
que difficile, quasiment impossible :
" C'est toujours dommage de réguler une activité, je préfère l'autorégulation
"
" La profession aurait pu le faire "
La charte est une menace, une menace d'abord de passer à la limitation
du quantitatif ( ) pour quelques interlocuteurs :
" La charte est vécue par les laboratoires comme étant imposée, avec
la menace : si vous ne la réussissez pas sur le plan qualitatif, vous
irez demain sur le plan quantitatif. "
Voire même, une menace de faire n'importe quoi dans l'avenir :
" Ca veut dire que Afssaps peut pondre n'importe quoi demain, le visiteur
médical devient son fonctionnaire, payé par le labo. Ca devient quand
même un peu extravagant. L'Afssaps nous donne l'avis de transparence,
accepter ça me paraît normal, ne faites pas de publicité comparative qui
soit de mauvais aloi, ça paraît convenable, maintenant ils en arrivent
même à demander au visiteur médical de jouer contre son laboratoire parce
qu'un fonctionnaire de l'Afssaps en a eu l'idée farfelue. Ce n'est pas
tolérable et pourtant c'est maintenant ce qu'on a accepté "
On va parfois
jusqu'à dévaloriser les co-auteurs de la charte :
" Pour nous la charte de la visite médicale est une espèce de truc qui
a été monté par des intellectuels qui ont découvert des choses ; ils se
sont dit une charte nous permettrait peut être de nous valoriser "
Pas de limitation quantitative
En ce qui
concerne la limitation de la quantité des visites médicales, la quasi
totalité de laboratoires sont contre, même ceux qui ne se disent pas concernés.
" D'abord je suis fondamentalement pour la liberté de relation, donc l'idée
de quantifier ce qui est bien et ce qui n'est pas bien est loin de mes
préoccupations alors je conçois que l'administration nous oblige à le
faire mais personnellement je trouve ça con "
" Je pense que l'acceptation de la limite du quantitatif c'est une faiblesse
pour nous ça veut dire qu'à ce moment là on admet que l'administration
régisse nos choix commerciaux or c'est une des libertés fondamentales
du commerce "
Certains
n'hésitent pas, même, à défendre le bien-fondé des multi-réseaux.
" Je pense aussi qu'il peut y avoir ponctuellement une grande pertinence
économique, directe, mesurable, tangible, à monter quantitativement la
pression sur un certain nombre de produits "
" 95% des études montrent que plus il y a de visites, plus il y a de ventes
jusqu'à un certain niveau qui est rarement atteint "
" Si on ne fait pas un minimum d'effort promotionnel au lancement d'un
produit, on est quand même dans un univers très concurrentiel, on n'apparaît
pas "
Et pourtant l'idée d'une limitation de la promotion de la visite médicale
est dans l'air du temps, (au moment des premiers entretiens) comme nous
le dit un dirigeant :
" Il y des grands patrons mondiaux de la pharmacie qui sont en train
de remettre en cause le modèle de la visite médicale, puisqu'ils sont
en train de diminuer leur force de vente mondiale de l'ordre de 15 à 30
%. "
Et il est temps de penser " vraiment " aux médecins :
" Les médecins sont plutôt complaisants vis-à-vis de l'industrie pharmaceutique,
finalement ; moi, je serais généraliste, je pêterais un plomb à recevoir
tant de réseaux. "
" Quelle image on donne au médecin généraliste qui maintenant doit gagner
20.000 balles par mois ! Il doit se dire : ce produit doit rapporter un
maximum de pognon pour qu'ils soient capables de mettre dix réseaux. "
Mais les
freins sont au niveau de l'esprit des personnes en place et de leurs raisonnements
habituels :
" A partir du moment où le primat de la visite médicale comme premier
media (on a 70 % des investissements qui sont consacrés à la visite et
on tourne autour de cela pour faire en sorte que ces 70 % restent 70 %)
; on n'en est pas encore à se dire : ces 70 % peuvent être remis en cause.
"
Quant les prémisses d'une philosophie sont quantitatifs, tout le devient
et la résistance promet d'être difficile à casser :
" Il y aussi beaucoup de mégalomanes dans nos professions qui jugent de
leur pouvoir par rapport au nombre de collaborateurs qu'ils ont au-dessous
d'eux. "
La charte
devrait être plus sévère
En référence
aux précédentes lois et à la capacité phénoménale des laboratoires à échapper
par contournement aux lois, certains dirigeants appellent de leurs vœux
des textes encore plus draconiens et sévères, avec une réglementation
prévue des sanctions. Parions qu'ils seront entendus !
" Je pense que si les règles ne sont pas beaucoup plus coercitives
ça reste de l'attrape couillon " " Si la charte est respectée globalement
ça sera en faveur de l'industrie deux fois, une première fois parce que
nous serons égaux sur des bonnes pratiques et deuxièmement parce qu'il
y a en plus de la visite médicale un certain nombre de mesures qui amènent
à faire baisser le coût de la visite. "
Pourquoi
le CEPS quand on parle de qualité ?
Un certain
nombre de dirigeants et de cadres se posent une question : quand on parle
de qualité, en quoi le CEPS, organisme à visée financière, est-il qualifié
pour signer une telle charte qui règlement l'activité des laboratoires
?
" On parle de qualité et on fait signer le LEEM avec le CEPS "
" Avec qui on aurait pu s'attendre que le LEEM ait signé cette charte
? L'agence, le Conseil de l'Ordre… C'est avec le CEPS, dont le rôle est
la fixation des prix. Je ne savais pas qu'il s'intéressait à la visite
médicale " Le problème de la visite médicale est-il seulement un problème
financier ? Ce livre pense répondre en partie à cette question : "
Mes collègues
des autres pays ils m'ont dit c'est extraordinaire ce que vous pouvez
faire en France on n'a pas ça, nulle part, malheureusement je crains qu'on
va foutre ça bientôt par terre (…)
Mais l'administration ne se rend pas compte des erreurs qu'elle fait avec
une politique aussi comptable, aussi bête
La négation
de l'activité commerciale des vm
Une petite
phrase assassine qui débute la charte et dit " en dehors de toute activité
commerciale " ; ce qui fait bondir d'agacement une grande partie des
personnes interrogées, car cette phrase semble annoncer clairement une
intention peu cachée des pouvoirs publics : celle de supprimer à terme
toute activité commerciale de la visite médicale.
" C'est de la couillonnade, (en dehors de toute activité commerciale),
je suis désolé je vais encore enfoncer un clou, le délégué médical on
a ses chiffres, mais s'il est informateur il ne doit plus avoir de prime
sur les ventes mais c'est pas écrit dans la charte que les primes sont
interdites. (on est bien dans l'hypocrisie) "
" En dehors de toute activité commerciale "… l'ambiguïté unilatérale "
" On n'a plus qu'à obliger les labos à ne plus payer de primes aux visiteurs
médicaux, ce n'est même plus la peine de demander aux visiteurs médicaux
d'avoir une activité commerciale, ils deviendront des fonctionnaires purs
et durs, ils doivent faire tant de contacts par jour, ils doivent visiter
tous les médecins, il faut surtout pas qu'on les fasse chier avec du ciblage,
donc du moment que j'ai fait mes X contacts par jour, aux médecins qui
sont répertoriés sur mon secteur et que j'ai répété comme un âne l'argumentaire
que vous m'avez donné et qui a été validé par le pharmacien responsable,
j'ai fait mon taf "
Est-ce la fin à terme des réseaux concurrents ?
" J'aime bien la concurrence moi dans l'information, je n'aimerais
pas recevoir un seul journal, un réseau de VM de l'Etat ne m'intéresse
pas, j'aime bien quand il y a plusieurs concurrents qui présentent au
médecin leur point de vue et c'est au médecin de faire son choix. Nous
sommes les mieux placés pour parler de nos produits, on a découvert le
produit, on l'a fait, on l'a développé donc je ne vois pas pourquoi d'autres
parleraient de nos produits à notre place "
" Le jour où il faudra qu'on ait un magnétophone avec la voix du pharmacien
responsable et un visiteur médical qui tourne les pages, collectivement
le monde de la santé aura perdu, sauf à penser que la visite médicale
ne sert à rien "
Dans ce cas, si le gouvernement tient tant que cela à effacer tout aspect
commercial au métier de la visite médicale, il n'a qu'à organiser lui-même
cette visite :
" Il faut une cohésion dans le discours gouvernemental, s'ils prennent
en charge l'information, qu'ils découvrent les produits, qu'ils prennent
les risques financiers. On a plein de produits pour lesquels on a investi
des sommes colossales et qui ne sont jamais sortis "
De toute
façon, comment va-t-on pouvoir contrôler tout cela, surtout le discours
oral des visiteurs, sans tomber dans un régime policier :
" Ce qui va évoluer c'est le contrôle du contenu qui va être plus strict,
le contenu écrit était déjà passablement contrôlé, quant au contenu oral
je ne sais pas comment il sera contrôlé, s'il y aura des médecins flics
"
Pour certains,
c'est le chemin que vient de prendre les autorités par le travers de cette
charte, en demandant aux médecins de rapporter ce qu'ils voient :
" Les médecins visités sont régulièrement mis en mesure, (par qui ?
l'Afssaps ? la haute autorité ? le labo..? ) de faire connaître, sans
frais, (je dois payer le timbre), à l'entreprise de délation, et les informations
transmises au médecin sont enregistrées comme on enregistre aujourd'hui
des plaintes et elles sont analysées, et quand on dit analysées quand
on ouvre un dossier d'enregistrement l'analyse au niveau des normes c'est
que on a jusqu'à clôture du dossier. Ça peut faire mal et être très bien
organisé " nous dit un pharmacien responsable.
Le Comité
de Salut Public !
En conclusion,
il semble clair (aux clairvoyants du moins, mais c'est un pléonasme) que
la charte est une étape sournoise vers un objectif défini d'avance :
" Je me demande si l'objectif de certains de nos administratifs ou
gouvernants ne serait pas de monter des réseaux de prestations de visites
médicales publiques qu'ils nous loueraient gentiment en assurant que,
pour finir, ça ne sert presque à rien de prescrire nos produits " dit
un patron.
Des fonctionnaires
payés par les entreprises privées, contre leurs propres intérêts ! C'est
nouveau, mais ça pourrait bien voir le jour. Quelques éléments des futures
chartes assassines Enfin, pour la majorité de nos interlocuteurs, cette
charte n'est que la première d'une longue série de textes, et ses petites
sœurs qui vont bientôt naître, seront de plus en plus sévères envers les
labos. C'est une quasi certitude et les laboratoires attendent cela.
" On va vers des chartes plus coercitives "
" La charte c'est de l'attrape couillon et c'est la première d'une longue
série "
" On est dans un système où l'industrie pharmaceutique sera à mon sens
de plus en plus, si ce n'est obligée, en tout cas conduite à non seulement
démontrer la valeur de ses produits au moment de la mise sur le marché
et peut-être, on le voit, avec des critères de plus en plus importants,
mais obligée aussi de démontrer la valeur de ses produits dans leur utilisation
dans la vraie vie, c'est toute la discussion sur les post AMM "
" On sera de plus en plus obligé de démontrer et d'assurer les payeurs,
que ce soient les usagers via leurs cotisations ou les gouvernements,
que quand ils ont payé pour un médicament, autrement dit quand il a été
prescrit et acheté à la pharmacie, la société à la fois individuellement
et collectivement en retire véritablement le bénéfice qu'elle est en droit
d'en attendre et en terme d'efficacité et en terme de tolérance "
Mais, finalement,
comme Gide le disait : c'est dans la contrainte que l'art s'épanouit.
Peut-être que les coups de fouet sont une bonne chose. Je te punis dans
ton propre intérêt et comme le dit un dirigeant :
" D'une contrainte, je sens que cela peut devenir une opportunité "
Critique
de la pression commerciale
La critique
de la pression commerciale ne peut, elle non plus se faire à l'encontre
de la seule industrie pharmaceutique. Car si la pression commerciale fut
à ce point une bonne affaire pendant de longues décennies, il fallait
bien que les médecins en soient complices.
" Avant il y avait beaucoup de médecins, 70 % qui étaient à l'affût
du moindre petit stylo remis, la nième Maglitte, ou le réveil, de l'amélioration
du train de vie, de la reconnaissance sociale du grand médecin important…
c'est nous qui avons fait cela. Maintenant qu'on ne peut plus rien leur
offrir, ils nous voient tels qu'on est. Maintenant le médecin, quand on
refuse, nous dit : vous êtes du côté du gouvernement. "
" Le raisonnement à court terme peut encore se tenir car il y une majorité
de médecins qui trouvent leur intérêt à la relation avec le labo. Le point
d'inflexion ce sera quand il y aura une majorité de médecins qui ne trouvera
plus son compte et à mon avis on en est proche. "
Tant que
les études ont montré que plus on pousse le bouchon, plus on gagne, les
laboratoires n'avaient aucune raison de diminuer leurs forces de ventes
et les médecins, pris dans leur globalité, n'avaient aucune raison de
se plaindre de cette nuisance, dont ils étaient co-responsables.
Mais toute phrase contenant des expressions du type de " pris dans leur
globalité " nous amène inévitablement, en vertu du principe de non-généralisation,
à émettre des à peu près, des bêtises, des erreurs de jugements ne pouvant
aboutir à aucune solution concrète. En effet, tous les laboratoires ne
sont pas également responsables de l'embouteillage actuel des réseaux
de visite et tous les médecins ne sont pas finiment
plus grande que leur méfaits sur la population de ceux qu'on appelle les
" malades ", nous tous en l'occurrence.
(...)
Après avoir
interrogé quelques dizaines de patrons et de cadres de laboratoires, il
nous reste une impression mitigée que l'on va résumer, hélas, par des
généralisations. Une majorité d'interlocuteurs semblent consciente de
la nécessité de changer radicalement de mœurs dans les années à venir.
Pour certains, cela n'est pas urgent et l'argument ici est : cela fait
tellement d'années que l'on nous dit qu'il faut changer et pendant ce
temps-là, les vieilles méthodes fonctionnent toujours aussi bien. Alors
! Une majorité d'interlocuteurs semblent conscients de ne pas se pencher
suffisamment sur le point de vue des médecins, leurs clients. Certains
souhaiteraient voir apparaître une nouvelle charte construite en commun
avec les médecins, et non plus imposée par l'Etat.
Mais, globalement,
à part dans quelques entreprises plus innovantes, les idées restent des
idées. Et ce n'est pas toujours avec de bonnes idées que l'on construit
de bonnes actions. On ne voit guère de vraies nouvelles expériences, ou
alors elles nous ont été cachées. Globalement aussi, les dirigeants manquent,
soit d'une vue globale et aérienne sur leurs problèmes de communication,
soit, de courage pour mettre en branle les authentiques changements qu'ils
estiment nécessaires. Aujourd'hui, comme il y a dix ou vingt ans, l'industrie
pharmaceutique reste coincée dans une position défensive face aux critiques
et face aux organismes de tutelle La créativité n'est-elle pas au rendez-vous
?
On le verra
dans le dernier chapitre : les idées sont là, nombreuses, riches et variées,
mais elles restent écrasées par le système ancien, lourd, statique, et
rigidifié par la hiérarchie intermédiaire.
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