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La
promotion du médicament a-t-elle encore un avenir ?
ou La grande mutation (Extraits du livre à paraître en février 2006) |
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Extrait
1 : Analyse de la charte de la visite médicale
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Utilisons
nos propres méthodes d'analyse sémantique pour mieux pénétrer les entrailles
de la charte. Acceptons pour simplifier la définition la plus élémentaire du mot : sémantique = étude du sens des mots. Et acceptons, aussi pour faire plus court, la définition du mot sens de Wittgenstein : le sens d'un mot est donné par son utilisation. Ce qui veut dire clairement que le sens d'un mot n'est pas donné par sa définition, notion abstraite, mais par la façon dont il est utilisé dans des phrases concrètes. Cette étude se situe au niveau le plus concret, celui du Territoire comme le dirait la Sémantique Générale. Les définitions sont des reflets de ce que les gens pensent, ce sont encore des concepts ; l'étude du comportement de mots dans des textes est le reflet de ce que les gens disent vraiment. C'est ainsi que l'étude sémantique peut être considérée comme très proche des études et observations comportementales, c'est l'étude du comportement verbal. Pour nous, il existe trois niveaux d'approche permettant de connaître et/ou de modifier une personne : l'étude de ce qu'elle PENSE (les opinions les croyances, les idées…), l'étude de ce qu'elle DIT et l'étude de ce qu'elle FAIT. Chaque niveau étant plus concret que le précédent, il devient plus important pour l'action, que le niveau supérieur. Une étude sémantique nous permet de comparer ce que dit une personne par rapport à ce qu'elle pense, et ce qu'elle dit par rapport à ce qu'elle fait. Au niveau basique, l'étude sémantique suppose quelques opérations inévitables : d'une part un comptage des mots et des expressions utilisées dans le texte étudié, d'autre part, l'étude des associations de mots et de thèmes rencontrés, à la recherche d'une structure du langage étudié. Ceci pour rester au niveau du texte c'est-à-dire au niveau linguistique. Mais le sens d'un mot est aussi donné par son contexte extralinguistique. Donnons un exemple fort simple : si je vous dis : " Il est minuit ", quel sens aura cette expression ? Au niveau du texte, on ne peut le dire. Car cette expression peut être une réponses informative à la question : " Quelle heure est-il ? " ; cela peut-être, en discothèque une façon de dire qu'il n'est pas tard alors que si je suis chez moi et que je me lève de table en baillant et en allant chercher mon pyjama, ce sera une façon polie de dire : " Il est temps que vous partiez. " En ce qui concerne la charte de la visite médicale, ; il sera intéressant de procéder à une triple analyse : une étude du LEXIQUE utilisé, une étude de la structure du langage et une étude de l'environnement que nous avons appelé ici : " étude relationnelle ". Dans cette analyse succincte, nous nous sommes placés dans l'optique du lecteur naïf (qui doit aussi être celle de l'analyste) qui ne sait rien de l'industrie pharmaceutique, sinon les âneries habituelles qu'il entend à la télé, et nous avons cherché à analyser des faits à la manière d'un ethnologue observant une peuplade inconnue. Dans ce chapitre, nous commencerons par l'analyse relationnelle pour essayer de donner un sens au texte sur le plan de la relation gouvernement - laboratoires et accessoirement de la relation labos -médecins. Car, nous le verrons, cette charte qui s'intitule " de la visite médicale " nous apprend curieusement plus sur la relation des laboratoires et des autorités que sur la visite médicale elle-même. Analyse
relationnelle Ces chiffres montrent que nous avons là affaire à un texte très peu redondant : chaque phrase avance un argument nouveau. Il s'agit bien d'un texte de loi, et pour le mémoriser, le comprendre, il faut le relire plusieurs fois. Une remarque : un texte ainsi informatif serait une catastrophe dans un argumentaire produit, qui doit être beaucoup plus redondant pour être mémorisé et compris. Mais nous nous égarons ! Qui a dit qu'il s'agissait d'un texte commercial ? Les autorités n'ont rien à vendre, puisqu'elles peuvent imposer. Tentons maintenant de classer la charte à l'aide de 4 critères présents dans toute relation : Premier
critère : le degré d'abstraction Deuxième
critère : Contenu ou Relation Tout texte, toute phrase contient à la fois
des éléments de contenu (de quoi on parle) et des éléments de relation
(à qui l'on parle). Ici, ces deux éléments sont bien présents : Troisième critère : les rapports hiérarchiques Un contrat suppose souvent l'égalité entre les partenaires (on parle de symétrie en termes de communication). La charte, elle, se situe dans le cadre d'un rapport clairement hiérarchisé : c'est un texte contractuel entre un dominant et un dominé. Les termes faisant état ou évoquant cette dominance sont nombreux. Relevons
les principaux : Quatrième critère : le centre du discours Dans un texte de type relationnel, où il y a un " je ", un " tu " et un " nous ", et il faut toujours observer sur quelle partie de cette relation se centre le discours pour en comprendre bien le contenu. Ici, nous l'avons déjà vu, le " nous " est absent ; la charte est centrée sur le " Il/Ils " représentant les labos et leurs délégués. Tout se passe comme s'il n'y avait aucune relation notable entre les signataires, ou plutôt aucune autre relation que la signature. Les résultats sur les critères 1 et 2 font de la charte un texte redoutable : on n'utilise pas la langue de bois ni la langue de coton, et l'on a pris soin d'étoffer par des procédures relationnelles les règles imposées au contenu. Et les critères 3 et 4 montrent que : c'est un ordre. " Je ne veux voir qu'une tête " disait l'autre. Analyse
sémantique Dans ce tableau, comme dans les suivants, les effectifs sont calculés par rapport au nombre de paragraphes (29). On voit qu'il est question essentiellement du visiteur médical, dans plus de la moitié des phrases. Ce qui est la moindre des choses. Les 6 premiers thèmes formeront les piliers du langage de la charte, comme on le verra plus loin dans l'analyse de la " carte mentale ". Outre les mots et expressions du texte, il sera intéressant de noter les principaux verbes et adjectifs présents dans la charte. Les verbes Devoir
(17 mentions) Assurer
(13 mentions) Présenter
(12 mentions) Pouvoir
(8 mentions) Les adjectifs Médical
(31 mentions) Bon
(8 mentions) Responsable
(8 mentions) Scientifique
(7 mentions) Autres
adjectifs : Substantifs Nous
nous contenterons ici d'analyser le contexte des 15 principaux mots et
thèmes de la charte et nous avons calculé tous les couples de mots et/ou
thèmes et compté dans combien de phrases-paragraphes ils sont présents
ensemble (sur les 29 paragraphes relevés). Nous
allons donc là très au delà du déclaratif : D'une
façon générale, si l'on analyse les thèmes qui sont associés aux " noyaux
", on retrouve un fort pourcentage des phrases du texte global. Nous avons,
pour chaque couple de thèmes reliés entre eux, mentionné le nombre de
phrases dans lesquelles nous trouvons ces deux mots ou thèmes. Les centres
du discours ne font question pour personne, une simple lecture " naïve
" sans analyseur de langage aurait pu nous le dire tout aussi bien : il
s'agit d'un texte qui nous parle de : médecins, de laboratoires, de délégués
médicaux et de médicaments. Posons-nous la question : quel est le sens donné à ces thèmes, selon la charte ? Toujours en suivant la définition de Wittgenstein selon qui " le sens d'un mot est donné par son utilisation " donc par la place qu'il occupe dans des phrases réelles, donc aussi par son contexte syntaxique. Attachons-nous aux différences de sens des thèmes-noyaux et faisons état de quelques découvertes cachées à l'œil nécessairement naïf du lecteur. Premier constat : Comme pour les médecins qui peuvent apprécier les délégués médicaux tout en méprisant le laboratoire qui les emploie, la charte fait un distinguo de taille entre les délégués et les labos. On voit dans ce graphe que les DELEGUES font la " PROMOTION " des MEDICAMENTS, alors que les ENTREPRISES donnent des " INFORMATIONS " aux MEDECINS en faisant de la VISITE MEDICALE (discours plus général). Deuxième constat : Le thème - noyau MEDICAMENTS possède le contexte le plus riche : il est clairement le centre et le sujet du discours. Quant aux responsables du médicament, il est clair que ce sont les entreprises à condition qu'elles respectent le " bon usage ", sinon c'est une commission externe aux labos qui s'en chargera. Troisième constat : Quant au PHARMACIEN RESPONSABLE, il devient le personnage principal et se trouve en prise directe avec les délégués médicaux, au détriment de la hiérarchie habituelle de ceux-ci (désignée par l'encadrement et qui doit, elle aussi, se soumettre au code de bonne conduite) Quatrième constat : Une partie typiquement CONTENU du texte se trouve détachée du corps central du discours : celle qui concerne les DOCUMENTS à remettre aux médecins, qui doivent être datés. Les documents sont, en quelque sorte, en dehors de la relation : ils appartiennent à tout le monde et doivent se conformer à certaines règles Une fois ôtées de cette analyse les évidences et ce qui correspondait déjà aux coutumes en vigueur, ce graphe nous semble dangereux pour les labos en plusieurs points. Il semble que les DELEGUES MEDICAUX soient détachés des ENTREPRISES qui les emploient. Ils sont les seuls à pouvoir encore faire de la " PROMOTION ". Pour combien de temps ? Le souhait souterrain serait-il d'en faire des informateurs fonctionnarisés ? La structure de ce texte nous fait comprendre que, le jour où il sera clairement interdit aux labos de faire de la promotion, la visite médicale, telle que nous la connaissons aujourd'hui, aura vécue. Le lien le plus fort relie les 2 NOYAUX : DELEGUES - MEDECINS (9 phrases). Si l'on ôte du texte ces 9 phrases pour les analyser séparément, on constate une présence plus forte du thème PROMOTION et une disparition du thème CHARTE. Le délégué fait la promotion de ses médicaments aux médecins, alors que la charte concerne son entreprise. La remarque précédente se confirme : la sémantique de la charte tente de séparer les délégués de leurs employeurs, comme s'il s'agissait d'entités séparées. Nous y voyons le reflet du peu de cas que font la plupart des entreprises de leurs délégués. Examinons
maintenant les termes et thèmes présents dans le texte, mais absents du
graphe, soit parce qu'ils sont peu souvent dits, soit parce qu'ils ne
sont pas reliés aux thèmes noyaux. Certains de ces termes nous semblent
particulièrement dangereux pour l'avenir des laboratoires, dans la mesure
même où ils restent discrets dans cette première version de la charte.
Quels sont les thèmes absents de la charte et qui, pourtant, sont au centre de la relation de la promotion du médicament ? Cette charte oppose aux raisonnements quantitatifs des labos, une vision également quantitative de la promotion du médicament, basée uniquement sur du contenu scientifique. Elle cherche à limiter la pression dite marketing des laboratoires, et cela c'est plutôt bien, mais elle le fait en ignorant (ou en faisant semblant d'ignorer) tout de ce qui se passe réellement sur le terrain entre un médecin et un délégué. En effet, il n'est jamais question dans cette charte de la relation entre les délégués et les médecins ; et pourtant, cette relation est fondamentale, dans la mesure où elle conditionne la qualité de la visite médicale, et aussi son efficacité. La
relation entre le visiteur et son médecin sera, demain, la seule chose
qui restera aux labos pour agir en promotion quand ils seront contraints
de limiter la quantité de leurs efforts promotionnels. Mais il est clair que pour les signataires officiels, cette relation n'entre pas en ligne de compte ; elle est en dehors du problème. Pour être un bon délégué, selon les termes de la charte, il semble suffire de respecter le contenu des documents scientifiques : il suffit de devenir un simple magnétophone à pattes, porteur de messages rigides et formatés par des experts scientifiques, ne connaissant rien aux lois de la communication. Il est clair que sur ce point, respecter la charte conduirait dans les plus brefs délais à la mort de la visite médicale d'aujourd'hui. Cette
charte est la première étape vers la mort annoncée de la visite médicale
de type promotionnelle ; elle ne fait aucun état de ce qui fait l'âme
même de la visite, tout ce qui fait que les médecins, en règle générale,
aiment bien leurs visiteurs, même quand ils sont agacés par leurs comportements
commerciaux. " Relation ", voilà le grand thème absent de cette charte.
Et
ce sera le grain de sable qui va gripper définitivement la machine, si
les industriels signataires ne comprennent pas très vite que les solutions
ne sont pas dans des aménagements du quanti, mais dans une mutation radicale
passant d'un raisonnement de type " quanti " à un système basé sur des
raisonnements, des processus et des objectifs de type " quali ". Car une bonne partie de l'efficacité des visites médicales provient… des visiteurs eux-mêmes. Nous savons, et tout le monde sait, que pour le même produit, certains secteurs marchent mieux que d'autres (chiffres à l'appui). Nous savons que le message produit, le contenu (seul élément dont s'occupe la charte) n'est qu'un des volets explicatifs des résultats de vente ; le deuxième volet, le principal selon nous, celui que tout le monde néglige depuis toujours, c'est le visiteur lui-même et la qualité du dialogue qu'il arrive à instaurer avec ses médecins. Cette relation fait partie de ce qu'habituellement nous rangeons dans la catégorie du qualitatif, sans trop savoir ce que cela veut dire, comment le définir, de quoi il est composé, ni, et c'est le plus grave, comment le mesurer. Et pourtant, au fur et à mesure que les termes de la charte vont se durcir et se solidifier autour d'interdits de plus en plus contraignants, du moins, tant qu'il y aura des visiteurs, la relation délégués - médecins sera la seule chose qui restera, la seule chose qui pourra encore sauver la visite, en tant qu'outil efficace de promotion. Mais l'intention ici n'est-elle pas de diviser pour mieux légiférer ? Car, enfin, il est pour nous évident que médecins et labos, et finalement malades aussi, peuvent être réunis dans un même système commun. Car ils ont des soucis communs et leurs intérêts sont plus convergents qu divergents. Mais ils n'ont pas l'air de le savoir. Au lieu de cela, grâce à cette charte et à ses futurs avatars, les médecins vont se positionner en juges des labos, pendant que les malades se feront les juges des médecins et que le gouvernement, à son habitude, jugera tout le monde, sauf lui-même évidemment. Chaque groupe se renfermera encore plus dans ses égoïsmes. En
effet, sur quels critères mesurer les abus ? Et qui portera la lourde
responsabilité de " dénoncer " tel ou tel labo ? On voit, d'après le texte
même, que chaque médecin aura, à tout instant la possibilité de dénoncer
tel ou tel labo pour deux sortes d'abus : abus quantitatif de promotion
(que vont devenir les réseaux multiples et les prestataires ?) abus dans
la nature honteusement commerciale des arguments avancés. C'est ainsi que l'on verra des gens dénoncer une mauvaise pratique à l'aide d'une autre mauvaise pratique ! C'est un des effets pervers bien connu de toutes les lois coercitives. |
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Une
souscription est ouverte jusqu'à la parution du livre. Il sera
vendu en librairie au prix de 32 € (port offert) et l'e éditins
ULRICH le prosposent en souiscription au prix de 18 €.
Pour le commander, voir le site des éditions ULRICH. |